« Les vols vers Guantánamo Bay ont commencé. Le pire du pire n’a pas sa place dans notre patrie. »
Source : TomDispatch, Michael Gould-Wartofsky
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
C’est par ces mots que le gouvernement américain a annoncé le sort réservé aux « étrangers criminels » qu’il arrête.
Sur une base militaire d’El Paso, au Texas, des hommes masqués en tenue de combat ont fait défiler devant les caméras un groupe de jeunes immigrants vénézuéliens, menottés et les chevilles entravées, avant de les embarquer sur un C-17 de l’armée de l’air en attente, qui devait livrer sa cargaison humaine à la station navale de Guantánamo Bay dans la nuit.
Une fois sur place, il est prévu qu’ils soient incarcérés dans le tristement célèbre Camp 6, mis au secret dans les mêmes cellules que celles où les suspects d’Al-Qaïda étaient autrefois détenus pour une durée indéterminée, et gardés par le 1er bataillon du 6e régiment de marines. Pendant ce temps, un village de tentes, qui pourrait accueillir jusqu’à 30 000 détenus, se construit autour de la prison.
Même si la plupart de ces immigrants ont depuis été renvoyés au Venezuela, le Pentagone s’est engagé à continuer d’utiliser la base pour la « détention temporaire d’étrangers illégaux en attente de renvoi ».
Revenons sur ce qu’il se passe sur le continent, le ministère de la défense déploie des milliers de soldats pour « sceller les frontières » ; le ministère de la justice charge ses agents de rafler les migrants sans papiers ; les services de l’immigration et des douanes (ICE) se mobilisent pour atteindre leur quota quotidien de 1 200 à 1 500 arrestations, armés de listes de cibles, de technologies de surveillance et d’armes « peu létales » ; et il est prévu que des centres de détention pour immigrés soient construits sur des bases militaires dans tout le pays.
Et ce n’est pas tout. Des familles entières vont être détenues et la sinistre politique de séparation des familles menée lors de la première administration Trump va être relancée. La liberté conditionnelle pour raison humanitaire va être révoquée, les réfugiés rejetés et les demandeurs d’asile renvoyés. Les villes, les comtés et les États qui osent défier le régime d’expulsion seront punis.
La mécanique des déportations en masse a été mise en marche de manière cauchemardesque. Elle est censée être impossible à arrêter – ou du moins le paraître. Pourtant, l’histoire nous enseigne qu’une telle machine, comme n’importe quelle autre, peut être arrêtée, si seulement nous comprenons comment l’appareil fonctionne réellement.
Voici donc un guide simple, étape par étape, de la manière dont l’administration Trump prévoit de construire la mécanique nécessaire pour « mener à bien la plus grande opération de déportation de l’histoire américaine ».
1. Déclarer l’état d’urgence
« Aujourd’hui, je signerai une série de décrets historiques, a promis Donald Trump dans son discours d’investiture. Avec ces mesures, nous allons commencer la restauration complète de l’Amérique et la révolution du bon sens. »
Cette « révolution » dans la lutte contre l’immigration a en effet commencé par un déferlement d’ordonnances de ce type, dont beaucoup ont été directement tirées du manuel du Projet 2025.
La première d’entre elles a été la déclaration de l’état d’urgence dans les zones frontalières du pays. Conformément à la loi sur les urgences nationales de 1976, cette déclaration permet de faire appel à l’armée pour des missions intérieures, que ce soit à la frontière sud, à Guantánamo Bay ou à tout autre endroit jugé opportun par le président.
2. Assimiler l’immigration à une « invasion »
« J’ai décidé que la situation actuelle à la frontière sud peut être qualifiée d’invasion », peut-on lire dans un autre décret signé le 20 janvier, citant l’article IV de la Constitution.
« En conséquence, continue le décret, je suspends par la présente l’entrée physique de tout étranger participant à l’invasion. » Le décret précise ensuite qu’il autorise les opérations visant à « repousser, rapatrier ou expulser » les non-citoyens.
C’est la conclusion logique d’années de propagande d’extrême droite dénonçant une « invasion » des États-Unis par le « tiers-monde », les « Hispaniques » ou les « étrangers », qui, au fil du temps, est passée des manifestes de 8chan [En 2019, Pixels, une chronique de l’édition numérique du journal Le Monde, décrit 8chan comme «l’un des sites de ralliement d’une extrême droite, résolument internationale, masculiniste, antisémite, anti-immigration et anti islam», NdT) aux préambules des proclamations présidentielles.
3. Étendre l’application des lois sur l’immigration et les douanes
La structure de la ICE devrait être étendue à des niveaux jamais atteints depuis sa création en 2003.
L’agence aurait procédé à plus de 14 000 arrestations au cours des trois premières semaines du second mandat de Trump. Toutefois, comme elle ne parvient toujours pas à atteindre ses quotas, les autorités veulent doubler ses effectifs.
Actuellement, les Républicains du Sénat proposent pas moins de 175 milliards de dollars de nouvelles dépenses pour l’application des lois sur l’immigration, tandis qu’à la Chambre des représentants le GOP (Parti républicain) cherche à financer cette frénésie de dépenses en réduisant de plusieurs milliards de dollars le programme Medicaid et d’autres services sociaux essentiels.
4. Enrôler le ministère de la Justice (DoJ)
L’ICE ne sera plus seul à porter la charge. Depuis l’investiture de Trump, le DoJ, dont les bureaux des procureurs, le Federal Bureau of Investigation (FBI) et la Drug Enforcement Administration (DEA), ont été mis au service de la machine à expulser.
Le FBI, par exemple, a été chargé de trouver « des informations d’identification et/ou des données biométriques relatives à des non-citoyens se trouvant illégalement aux États-Unis » – des données qui alimenteront le processus depuis la détention jusqu’à l’expulsion.
« Nous avons des agents spéciaux, des analystes du renseignement et bien d’autres gens encore qui soutiennent les équipes du DHS [Departement de la sécurité intérieure] dans tout le pays, depuis New York et Chicago jusqu’à El Paso, Newark et Denver », a déclaré Brian Driscoll, alors directeur par intérim du FBI.
5. Déléguer les forces de l’ordre locales
L’ICE s’est également associé aux services de police locaux, aux bureaux des shérifs des comtés et aux services correctionnels dans le cadre d’un programme connu sous le nom de 287(g) qui permet d’ « identifier et expulser les étrangers criminels incarcérés » avant que ceux-ci ne puissent être libérés.
À New York, le maire Eric Adams, par exemple, a promis de rouvrir un bureau de l’ICE à Rikers Island, prétendument dans le cadre d’un échange de bons procédés avec l’administration Trump.
Et en février, la Floride est devenue le premier État à signer un accord 287(g) à l’échelle de l’État, lequel prévoit de former les agents de la Florida Highway Patrol (Patrouille des autoroutes) et de la State Guard afin qu’ils puissent « interroger tout étranger présumé ou toute personne soupçonnée d’être un étranger ».
6. Criminaliser tous les immigrants en les qualifiant d’« étrangers criminels »
À la question de savoir combien de personnes arrêtées depuis le 20 janvier avaient un casier judiciaire et combien étaient « simplement en situation irrégulière », la secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Katherine Leavitt, a répondu : « Toutes. Parce qu’ils ont illégalement transgressé les lois de notre pays, ce sont donc des criminels. »
Fait révélateur, moins de la moitié des 8 200 personnes arrêtées au cours des deux premières semaines de l’administration Trump avaient fait l’objet d’une quelconque condamnation. Et sur les quelque 4 400 personnes détenues au cours des deux premières semaines de février, plus de 1 800 n’avaient jamais été inculpées.
7. Faire la chasse aux « étrangers criminels » partout
« Police, ouvrez la porte ! Police, abra la puerta ! »
Ce sont les mots qui ont retenti dans un immeuble d’appartements de Denver, alors que des agents de l’ICE munis d’armes d’épaule et secondés par des véhicules tactiques BearCat faisaient du porte-à-porte pour demander aux résidents de s’identifier. Vingt-neuf membres de Cedar Run ont été arrêtés en une seule fois.
Mais l’ICE et ses collaborateurs ne se contentent pas de traquer les immigrés sans papiers à leur domicile. Grâce à un changement de règle institué par le Département de la sécurité intérieure, les agents fédéraux poursuivent également leurs proies dans des lieux auparavant jugés trop « sensibles » pour être utilisés à des fins de répression de l’immigration, comme les écoles, les hôpitaux, les salles d’audience et les églises (bien qu’un juge fédéral du Maryland ait déjà interdit à l’administration Trump de mener ce type d’actions dans certains lieux de culte).
8. Collecter des données biométriques
Un autre des décrets de Trump faisait état de son intention d’autoriser à nouveau le DoJ et le DHS à collecter des échantillons d’ADN de toutes les personnes détenues qui ne sont pas originaires des États-Unis.
Ce programme de collecte d’ADN n’est qu’un des éléments d’un vaste dispositif de surveillance qui s’est mis en place au fil des ans et qui requiert désormais la collecte, le stockage et l’analyse d’un grand nombre de données biométriques et biographiques.
Cette tâche incombe de plus en plus à des entreprises à but lucratif. Depuis 2020, le gouvernement fédéral a dépensé environ 7,8 milliards de dollars pour de telles technologies de surveillance, dont un contrat de 96 millions de dollars avec Palantir, la société de collecte de données de Peter Thiel.
9. Mettre les immigrés en prison
Les données les plus récentes montrent que les centres de détention pour immigrés aux États-Unis sont déjà surchargés, avec 41 500 lits et 43 759 détenus. L’ICE cherche maintenant à plus que tripler cette capacité.
Dès le premier jour, Trump s’est engagé à affecter « toutes les ressources légalement disponibles » au maintien en détention des immigrés, ce qui inclut évidemment les prisons américaines. En février, le Bureau fédéral des prisons a accueilli les premiers détenus relevant de l’ICE dans des établissements situés à Atlanta, Los Angeles, Miami, Philadelphie et ailleurs.
Cette politique englobe également les bases militaires. Le Northern Command « fournit actuellement des installations situées sur la base spatiale de Buckley […] pour permettre à [l’ICE] d’organiser et de traiter les étrangers criminels sur le territoire américain ».
10. Privatiser la détention des immigrants
Plus de 90 % de ces détenus sont déjà pris en charge par des entreprises privées. Aujourd’hui, l’ICE prévoit d’en entreposer des milliers d’autres en louant des structures mobiles à une société de conteneurs d’expédition.
Un nouveau plan, présenté par l’ancien PDG de Blackwater, Erik Prince, prévoirait de vendre au gouvernement une « assistance extérieure » sous la forme de « camps de traitement » privatisés, ainsi qu’une « petite armée » de citoyens habilités qui auraient le pouvoir d’arrêter et de détenir les immigrés.
La campagne d’expulsion s’est révélée être une entreprise rentable pour l’industrie pénitentiaire. « C’est vraiment l’une des périodes les plus passionnantes de ma carrière », a déclaré le PDG de CoreCivic lors d’une récente conversation avec des investisseurs.
11. Rétablir la détention familiale
Au cours de la première administration Trump, l’Amérique a été hantée par le spectre des enfants migrants placés dans des cages. Aujourd’hui,Tom Homan, architecte de la politique « tolérance zéro » du président et « tsar des frontières » récemment nommé, prévoit de relancer la détention familiale et cette fois à une toute nouvelle échelle.
Les centres de détention pour familles, selon le Detention Watch Network, sont bien connu pour leur « histoire bien documentée de négligence et d’abus ». Malgré cette histoire sordide, l’ICE serait en train de préparer une « demande de proposition » (RFP) pour des « centres de détention destinés spécifiquement aux familles ».
Dans le même temps, il est plus difficile pour les garants d’enfants immigrés de les faire sortir de détention.
12. Envoyer les demandeurs d’asile dans d’autres pays
La machine à déporter n’est plus seulement une entreprise américaine. Elle est désormais internationale : le Costa Rica, le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Panama accueillent déjà des milliers de « déportés de pays tiers ».
« Nous avons offert aux États-Unis la possibilité d’externaliser une partie de leur système pénitentiaire », a déclaré le président du Salvador, Nayib Bukele, dont les prisons sont en proie à des violations des droits humains.
Au Panama, des centaines d’expulsés originaires d’Asie centrale et orientale ont récemment été enfermés dans un hôtel, puis transférés dans un camp de fortune au milieu de la jungle. « Cela ressemble à un zoo, il y a des cages grillagées », a déclaré un témoin oculaire.
13. Désigner les gangs comme des « organisations terroristes étrangères »
L’un des ordres les plus aberrants du président est d’affirmer que l’appartenance présumée à un gang est suffisante pour justifier d’être désigné comme « terroriste ».
Déclarant qu’il était « temps pour l’Amérique de faire la guerre aux cartels », Trump a spécifiquement ciblé les ressortissants mexicains, centraméricains et vénézuéliens soupçonnés d’avoir des liens avec les cartels de la drogue, la Mara Salvatrucha (MS-13) ou le gang Tren de Aragua, en demandant leur « expulsion accélérée » ou leur « élimination totale ».
Ce même décret indique l’intention du président d’invoquer l’Alien Enemies Act, une loi de guerre datant de 1798, qui prévoit que « tous les natifs, citoyens, habitants ou sujets » d’une nation « hostile » soient « appréhendés, détenus, surveillés et expulsés, en tant qu’ennemis étrangers ».
14. Expulser les étudiants et les travailleurs étrangers qui manifestent contre la politique américaine
La déclaration accompagnant le décret présidentiel du 29 janvier mettait en garde : « À tous les étrangers résidents qui ont participé aux manifestations pro-djihadistes, nous vous mettons en garde : dès 2025, nous vous trouverons et nous vous expulserons », désignant ainsi les « étrangers pro-Hamas et les radicaux de gauche » de l’enseignement supérieur comme devant être « expulsés ».
Les autorités ont de toute évidence déjà commencé à mettre en œuvre cet ordre, des rapports faisant état d’étudiants arabes menacés d’expulsion pour avoir participé à des manifestations pro-palestiniennes. Au cours du week-end (8- 9 mars), des agents de l’ICE se sont présentés à la porte de Mahmoud Khalil, un militant de nationalité palestinienne de l’université de Columbia dont il semble que la carte verte ait été révoquée par l’administration Trump. Alors qu’il était détenu par le gouvernement, Khalil a disparu pendant plusieurs jours.
« J’en ai vu assez », déclare Abed Ayoub, directeur exécutif du Comité américano-arabe contre la discrimination, « pour savoir que le ciblage est en cours ».
15. Geler les admissions de réfugiés
« Les arrivées de réfugiés aux États-Unis ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre ». Tel était le message envoyé le 21 janvier par le Bureau de réinstallation des réfugiés, désormais placé sous la direction d’un haut fonctionnaire de l’ICE. D’un trait de plume, le président Trump a gelé le programme américain d’admission des réfugiés.
Ce faisant, il a laissé au moins 10 000 réfugiés dans l’incertitude juridique, tout en abandonnant des centaines de milliers d’autres à leur sort dans des pays comme l’Afghanistan, le Congo et le Myanmar.
Finalement, le président a fait une exception à la règle – pour les Sud-Africains blancs. Un décret signé le 7 février vise à « promouvoir la réinstallation des réfugiés afrikaners » en tant que catégorie protégée.
16. Mettre fin au statut de protection temporaire
En vertu des politiques de la nouvelle administration, des centaines de milliers de Cubains, d’Haïtiens, de Nicaraguayens, d’Ukrainiens et de Vénézuéliens, entre autres, devraient perdre leur statut de protection temporaire (TPS), une forme de liberté conditionnelle humanitaire qui permettait aux demandeurs d’asile de ces pays de continuer à vivre et à travailler aux États-Unis.
Les services de citoyenneté et d’immigration ont annoncé une « pause administrative » pour toutes les demandes de libération conditionnelle en cours, tandis que le ministère de la sécurité intérieure, affirmant que la libération conditionnelle est un droit « auquel aucun étranger ne peut prétendre », a autorisé ses agents à priver les immigrants de ces protections.
Les agents de l’ICE ont déjà commencé à arrêter des titulaires de TPS au Texas.
17. Remettre en cause le principe de la citoyenneté de naissance
De tous les décrets du président, le plus important pour les citoyens est celui qui annulerait la citoyenneté de naissance, ce qui priverait des droits garantis par le quatorzième amendement les « personnes nées aux États-Unis ou naturalisées ».
En pratique, cela reviendrait à priver de leurs droits de citoyenneté les enfants nés ici de mères « en situation irrégulière » ou dont la présence est « légale mais temporaire ».
Pour l’instant, l’ordonnance a été bloquée par l’injonction d’un juge de Seattle, mais il reviendra sans doute à la Cour suprême de décider de son sort (et de celui de la Constitution dont elle fait partie).
18. Enquêter sur les citoyens qui défendent les droits des immigrés
Les immigrés et leurs enfants nés aux États-Unis ne sont pas les seuls à être dans le collimateur. Les agents fédéraux lancent actuellement un appel d’offres pour des « services de surveillance et d’atténuation des risques liés aux menaces sur Internet » afin de surveiller les ennemis politiques présumés sur les médias sociaux.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de ce qui pourrait devenir une répression d’un océan à l’autre. La Commission fédérale des communications (FCC) a, de manière assez inquiétante, lancé une « enquête officielle » sur une station de radio locale, KCBS 740 AM, localisée à San Francisco, pour avoir diffusé des informations sur les déplacements d’agents de l’ICE.
Et tout récemment, Tom Homan, désigné « tsar des frontières » par le président Trump, a invité le ministère de la Justice à enquêter sur la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (Démocrate-New York), apparemment en représailles à une session de formation « Connaissez vos droits » organisée sous les auspices de son bureau.
19. Punir les villes, les comtés et les États « sanctuaires »
Dès le premier jour du second mandat du président, la Maison Blanche a annoncé qu’elle partait en guerre contre les juridictions « sanctuaires », où les lois locales limitent l’implication des forces de l’ordre dans les affaires d’immigration.
Depuis lors, le groupe de travail chargé de l’application de la loi sur les villes sanctuaires au sein du bureau du procureur général associé s’est engagé dans une campagne de lutte contre les villes, les comtés et les États soupçonnés de ne pas être suffisamment coopératifs.
Et le 19 février dernier, Trump a signé encore un autre décret supprimant le financement fédéral de ces juridictions, afin que « les financements fédéraux destinés aux États et aux localités ne viennent pas soutenir les politiques dites sanctuaires », que ce soit par leur conception ou par leurs effets.
20. Manipuler la vérité
Pendant tout ce temps, les défenseurs de la fabrique à déporter manipulaient gravement la vérité.
Tout d’abord, l’ICE a transformé les images de détenus en captivité en un spectacle télévisé, les agents fédéraux emmenant avec eux des équipes de tournage et des célébrités de la télévision, alors même qu’ils dissimulaient les preuves de leurs tactiques les plus controversées. Deuxièmement, l’agence a tenté de se donner une meilleure image en réécrivant l’histoire et en jouant avec l’algorithme de Google, manipulant l’horodatage de milliers de communiqués de presse de la première administration Trump. Enfin, l’ICE a supprimé toute mention des ressortissants étrangers détenus à Guantanamo dans ses communications publiques. Pendant plusieurs jours, 177 détenus ont de fait disparu des radars.
Voilà le destin que les architectes de la fabrique à déporter réservent aux « fatigués » de l’Amérique, à ses « pauvres », ses « foules entassées qui aspirent à respirer en toute liberté »
En fin de compte, cependant, un tel dispositif présente une faille potentiellement fatale. Pour qu’il fonctionne efficacement, il faut que des millions et des millions de personnes soient prêtes à l’accepter. Dès qu’un trop grand nombre d’Américains cesseront de coopérer, cette mécanique commencera à s’enrayer sérieusement.
*
Michael Gould-Wartofsky, contributeur habituel de TomDispatch, est un écrivain, ethnographe et militant des droits humains. Il est originaire de New York et chercheur postdoctoral à l’université de Columbia. Il est l’auteur de The Occupiers et de Blood and Soil, à paraître, et a écrit pour le Washington Post, The Daily Beast, Gizmodo, Jacobin, Mother Jones, The Nation et Newsweek. D’autres articles sont disponibles sur mgouldwartofsky.com.
Source : TomDispatch, Michael Gould-Wartofsky, 11-03-2025
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
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Commentaire recommandé
La chasse aux étrangers, la précarisation du statut d’immigré, jusqu’à la pénalisation des personnes critiques du système US et de celles qui s’organisent pour défendre les plus opprimés n’a qu’un seul but au final…développer et rentabiliser davantage le système carcéral privatisé en l’alimentant des personnes (ou main d’œuvre !) qui ne pourront apporter aucunes contributions positives au système fasciste ultralibéral réservé aux seules personnes (assez riches et pourvues de bons revenus), en train d’être mis en place par l’équipe de milliardaires de Trump avec la complicité tacite des démocrates…Une expérience plus traumatisante encore pourrait être mise en place dans le Somaliland avec les complicités israéliennes et britanniques, la déportation des palestiniens dans des camps là-bas…surveillés par des SMP avec en bonus le fait que ces prisonniers serviraient de bouclier humain contre les frappes de représailles des houthis…Chez nous, ça va…nous n’en sommes qu’au démantèlement de la Sécurité sociale et des services publics…
2 réactions et commentaires
La chasse aux étrangers, la précarisation du statut d’immigré, jusqu’à la pénalisation des personnes critiques du système US et de celles qui s’organisent pour défendre les plus opprimés n’a qu’un seul but au final…développer et rentabiliser davantage le système carcéral privatisé en l’alimentant des personnes (ou main d’œuvre !) qui ne pourront apporter aucunes contributions positives au système fasciste ultralibéral réservé aux seules personnes (assez riches et pourvues de bons revenus), en train d’être mis en place par l’équipe de milliardaires de Trump avec la complicité tacite des démocrates…Une expérience plus traumatisante encore pourrait être mise en place dans le Somaliland avec les complicités israéliennes et britanniques, la déportation des palestiniens dans des camps là-bas…surveillés par des SMP avec en bonus le fait que ces prisonniers serviraient de bouclier humain contre les frappes de représailles des houthis…Chez nous, ça va…nous n’en sommes qu’au démantèlement de la Sécurité sociale et des services publics…
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Alerterce pays gouverné par des barbares tarés oublie que les étrangers représentent 70 % de la main-d’œuvre agricole, je n’ai pas les chiffres pour les domestiques. Va y avoir de l ‘inflation sur la nourriture, c’est prévisible.
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